Paulo Freire, OMEP et moi- Roberto Mauro Gurgel Rocha

Comprendre l’engagement de Paulo Freire dans une perspective d’éducation libératrice et sociale pour tous et avec son Pédagogie des opprimés, nous a certainement amené à comprendre le pourquoi de ce profond engagement.

Tout d’abord, ce fait peut être associée au contexte social agité régnant au Nordeste du Brésil, où le développementalisme national a encouragé la population, surtout les intellectuels, militants des mouvements sociaux, dans une tentative de réussir un processus de transformation sociale. Des personnalités telles que Celso Furtado, Dom Helder Câmara, Miguel Arrais et Paulo Freire ont été des acteurs clés dans ce processus, avec le soutien des penseurs nationaux et internationaux. En plus, le président João Goulart a ouvert des espaces pour cette nouvelle perspective visant la possibilité de quelques « réformes de base ». C’est aux années 60 où ils ont essayé de faire émerger un Brésil différent, plus humain et socialement juste. Puis, dû au coup d’État de 1964, Paulo Freire a été forcé de s’exiler, de l’ambassade de Bolivie, en passant par différents pays tels que le Chili, les États-Unis, des pays africains et en Belgique où il a été collaborateur au Conseil œcuménique des Églises. Là où il est allé, il a semé les semences de sa proposition. Il a même reçu aux États-Unis le titre de Docteur Honoris Cause décerné par plusieurs universités et il a enseigné à l’Université de Harvard. Sans aucun doute, ces données biographiques sont à l’origine de sa renommée internationale en tant que mécène de l’Éducation Mondiale et grand Éducateur du XXème siècle

Au-delà de son parcours professionnel et de son militantisme social, il est indispensable de connaître ses premières années de vie. Ainsi, sa mère raconte dans un livre de naissance que Paulo est né le 19 septembre 1921, au moment où « son père était malade, sans espoir de guérison, donc, Paulinho aurait pu devenir orphelin dès sa naissance ». Né à Recife, capitale de l’État de Pernambouc, sa famille a dû déménager pour s’installer vivre au municipe de Jaboatão. À l’âge de 13 ans, il a ressenti la douleur de la perte de son père. À ce moment-là, ils subissaient déjà des problèmes pour survivre, ils souffraient même de la faim, comme sa mère raconte dans son ouvrage Pédagogie des rêves possibles. Dans cet ouvrage, dans l’un des chapitres, après avoir narré un évènement vécu à une époque où lui et ses frères étaient affamés, il déclare :

« Je pense aux enfants affamés, des garçons trahis, des filles vexées dans les rues de ce pays et d’autres continents. Des garçons et des filles qui sont en train d’inventer un autre pays. Et nous, les adultes, devons aider ces garçons et filles à reconstruire le Brésil. C’est avec cette conviction et ce rêve que je vous parle pour finir mon discours. Aidons ces enfants à réinventer ce monde. (Freire, 2001, p.88/89)

Et maintenant, mon tour est venu d’entrer dans cette histoire. J’ai fait la connaissance de Paulo Freire lors de mon militantisme au Mouvement étudiant universitaire, plus précisément à la Jeunesse Universitaire Catholique. Il était un éducateur chrétien et catholique qui faisait ses premiers pas pour le lancement de sa grande expérience dans un municipe de Rio Grande do Norte : Angicos. Notre rencontre a eu lieu à l’aube, après une nuit blanche, dans le couloir d’une école catholique. Un inconnu s’est adressé à moi et m’a dit : « mon gars, viens ! », et m’a demandé respectueusement qui j’étais, quels étaient mes intérêts. Je lui ai raconté mon parcours pendant qu’il écoutait attentivement. Plus tard, il a raconté des blagues qui l’ont fait plus rire que son interlocuteur. Il faut signaler que c’étaient des blagues politiques. Il m’appelait « gars », c’est mon premier souvenir de lui. Je l’ai rencontré d’autres fois et toujours à l’écoute, il était humble, patient et profondément plein d’espoir.

Je ne sais pas si le fait d’être un enfant, éveillé par lui dans ma jeunesse, m’a conduit à aborder les jeunes et les enfants dans le sens de servir et d’éduquer. Je viens de Ceará où je suis né et je suis arrivé à Maranhão en 1970. Ici, j’ai eu l’opportunité d’avoir des expériences extraordinaires en tant que professeur universitaire ainsi qu’à l’éducation de base, ou plutôt à l’étape de l’Éducation de l’Enfance. En 1988, aux côtés de mon ami Pedro Demo, président de l’OMEP Brésil à cette époque-là, on m’a demandé de créer un centre d’OMEP à Maranhão. 

Dès le début, suivant les enseignements freiriens, nous avons cherché à mettre en pratique tout ce que nous avons appris de lui. Nous avons commencé notre travail dans la lutte pour l’Assemblée Constituante de l’État, nous avons participé activement à l’expérience de ECO 92, avec le soutien du gouvernement de Canada, nous avons créé la première ludothèque à Maranhão, par le biais du Projet de ludothèque pour la paix. En réponse à une demande de l’Organisation des Nations Unis, par l’intermédiaire de l’OMEP Brésil, on a élaboré le sondage Enfance et Environnement, qui nous a permis d’écouter les enfants par rapport à leurs visions sur l’environnement. Cela a valu le coup.

Et toutes ces actions avec les Écoles Communautaires dans le besoin de soutien, placées dans les quartiers les plus pauvres de São Luís, la capitale de Maranhão. Et ceci sans laisser de côté la lutte pour une école publique et de qualité pour tous. J’avoue que cette expérience m’a permis d’avoir une formation concernant la réalité sociale, et par l’intermédiaire de l’OMEP/MA, j’exprime ma plus profonde gratitude pour le statut d’omepien.

Pour conclure, en l’honneur de Paulo Freire, à l’occasion du centenaire de sa naissance, je voudrais vous laisser un discours qui peut être utile à tous dans le sens de la réinvention de son œuvre, lorsqu’il dit :

« La réappropriation de l’enfance, pour comprendre mon acte de lecture du monde privé dans lequel je me déplaçais et jusqu’à quel point ne pas être trahi par la mémoire est tout à fait significatif pour moi, dans cet effort de m’intégrer pour reproduire et revivre dans le texte. J’écris l’expérience dans laquelle je n’ai pas encore lu le mot » (Freire, 1982, p.11).

Recréons, vivons l’espoir, l’autonomie, l’indignation, et tout ce qu’il nous a laissé dans ces principes pédagogiques. 

Vive Paulo Freire !

Bibliographie

FREIRE, Ana Maria (2001). Pedagogía de los sueños posibles. São Paulo: Editora UNESP

FREIRE, Paulo (1982). La importancia del acto de leer. São Paulo: Cortez / auteurs associés GADOTTI, Moacir (1996). Paulo Freire a Bibliografía. São Paulo: Cortez / Instituto Paulo Freire; Brasilia: UNESCO

Roberto Mauro Gurgel Rocha est vice-président de l’OMEP Brésil, vice-président du Conseil d’État pour l’éducation du Maranhão, ingénieur agronome et sociologue, professeur d’université à l’Université fédérale du Maranhão, environnementaliste, militant social pour les enfants, il a été coordinateur national de l’université Extension. Il a 20 livres publiés. Il est actuellement membre du Forum d’État pour l’éducation à l’environnement et de la Fundação Justiça e Paz da Igreja. Participez au Pacte mondial pour l’éducation lancé par le Pape François.

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