Promenade pédagogique : rêver, décider, sortir et revenir- Patricia Guijarrubia

« La marche, c’est vivre par corps, provisoirement ou durablement. Le recours à la forêt, aux routes ou aux sentiers ne nous dispense pas de notre responsabilité croissante face aux désordres du monde, mais il nous permet de reprendre son souffle, d’affûter ses sens, de renouveler sa curiosité ». 

D. Le Breton

1. Les significations des promenades pédagogiques.

Pour commencer ce voyage, nous allons aborder une définition possible. L’importance de nommer et d’élucider les significations aidera à encadrer le champ sémantique de ce puissant binôme.

Une promenade est un terme qui fait allusion à un voyage, particulièrement associé au plaisir. Un déplacement qui implique de se rendre à un endroit dans un temps donné.  Il comprend un départ et un retour. Cependant, si nous y ajoutons « pédagogique », il s’agit au même temps d’un voyage avec des objectifs éducatifs, impliquant des instances de sélection, de planification, de concrétisation, d’évaluation et de socialisation/communication.

La promenade pédagogique est un voyage de l’école vers un autre espace, qui cherche à générer des connaissances multiples dans un processus d’enseignement et d’apprentissage. Il s’agit d’un voyage physique et réel de l’école pour y revenir, une circularité : sortir et revenir. Ce binôme aiguise la perspective de l’institution scolaire, contemple et complète les avancées historiques sur le sujet et récupère des significations amplificatrices.

La promenade pédagogique transcende la « visite guidée », plus centrée sur la vision de l’institution reçue par le public scolaire. Le double terme de « visite guidée » ne se réfère qu’au moment de la visite (l’ « après »), et cette dénomination peut donc être réductrice.

La promenade pédagogique couvre plus qu’une « sortie didactique » car elle ne se concentre pas seulement sur l’aller ou le sortir, mais sur le parcours et le retour ; elle inclut la préparation du voyage et le travail qui s’ensuit dans l’école, en particulier les trois moments constitutifs d’une sortie pédagogique : l’avant, le pendant et l’après.

Les programmes publics ville/école sont essentiels et nécessaires pour encourager ces déplacements, en construisant de véritables ponts entre les écoles et les espaces éducatifs (musées, parcs, places, centres culturels, sites de production, bibliothèques, studios de radio, etc.) Ils organisent et démocratisent l’accès aux biens culturels pour tous, mais aussi facilitent et renforcent le travail conjoint entre les enseignants et les éducateurs/médiateurs des espaces à visiter.

Les promenades pédagogiques font de la pédagogie de la marche son expression maximale.

Ce sont des voyages pour se déplacer sans hâte.

Des courbes et des méandres pour plonges dans des expériences.

Des labyrinthes et des tunnels à ciel ouvert pour se surprendre.

Des cachettes et des pierres libres pour s’étonner.

Des rondes ouvertes pour apprendre.

Des chemins pour dérouler des promenades dans le passé, le présent et l’avenir.

2. Une boussole pour décider de sortir.

Pour choisir un espace éducatif à parcourir, il est possible de considérer différents aspects qui ne sont pas nécessairement hiérarchisés, mais qu’il est fondamental d’envisager pour planifier, afin que la promenade pédagogique soit puissante, fluide, nourrissante, et qu’elle génère en même temps certaines ruptures avec des propositions aussi enracinées que traditionnelles.

Aspects à prendre en compte :

*Les projets du district, de l’établissement et de la classe.

*La planification annuelle de l’établissement et de la classe.

*L’histoire du groupe, les intérêts, les désirs, les goûts, les préoccupations et les curiosités.

*Les objectifs et les contenus du programme correspondants.

*La période de l’année, en particulier les saisons.

*Les propositions offertes par les espaces éducatifs.

Il sera nécessaire de s’engager dans un parcours qui commence par la reconnaissance des différents lieux qu’offre la localité, se poursuit par l’analyse du patrimoine qu’ils possèdent, y compris le(s) thème(s) qu’ils abordent, l’analyse de l’approche et de l’éventail des possibilités qu’ils offrent pour le niveau initial. Pour ce parcours, il existe trois orientations.

a. Construire une carte éducative.

Identifier les espaces éducatifs situés dans la localité. À ce stade, la contribution de J. Trilla Bernet (1999) est importante : il propose d’élaborer une carte/inventaire éducative, qui montre la distribution sur le territoire de tous les espaces ayant une projection éducative significative.

De leur côté, dans le « Manual de mapeo colectivo » [Manuel de cartographie collective] (RislerJ, Ares P, 2013), les auteurs affirment que la carte n’est pas le territoire, mais qu’à travers un processus de cartographie collective, où se cristallisent les connaissances et les expériences des participants, elle est transformée et dynamisée. Ils proposent des ressources cartographiques pour construire la carte, par exemple, comment effectuer des visites de recherche en groupe ou comment utiliser des icônes (images simples) pour se situer sur la carte/l’inventaire.

La construction d’une carte d’inventaire est fondamentale, et il est encore plus important que l’école et la communauté soient participatives. Une occasion d’organiser et de partager les connaissances sur son propre territoire, en localisant les espaces proches et/ou plus éloignés. Lieux accessibles à pied, en transports publics ou en location. 

Au cours de la construction de la carte/inventaire (qui peut être mise à jour à différents moments), des questions se poseront, nous en partageons quelques-unes qui peuvent aider à franchir l’étape du choix des lieux.

Cette année, quels sont les lieux que nous souhaitons visiter ? Pourquoi ? Quelle sera la fréquence des sorties scolaires et/ou institutionnelles ? Quel sera l’itinéraire annuel ? Quels sont les lieux que les filles et les garçons ont déjà visités ? Quels sont les lieux qu’ils aimeraient visiter ? Quels sont les lieux que nous pouvons visiter à pied ? Et en utilisant les transports publics ou scolaires ? Y a-t-il des événements spéciaux au cours de cette année scolaire, dans la localité ou dans la ville ?

b. Choisir et approfondir.

Compte tenu de la carte/inventaire et des différents aspects à prendre en compte lors de la planification, nous suggérons quelques questions spécifiques pour approfondir la connaissance de l’espace possible à visiter.

Quel est l’espace d’exposition ? Quelle est l’histoire du lieu ? S’agit-il d’un espace privé ou public ? Y a-t-il des expositions principales, temporaires ou permanentes ? Comment le patrimoine est-il exposé ? Utilise-t-on des vitrines, des écrans tactiles, des tables interactives, des dispositifs ludiques ? Quels sont les critères utilisés : chronologiques, thématiques, autres ? Quelle est la place accordée aux enfants par rapport à l’apprentissage ? Existe-t-il des propositions diversifiées pour les différentes salles ? Quels sont les titres de ces propositions ? Souvent, les formes de dénomination rassemblent des significations qui laissent entrevoir des approches, de sorte que l’on trouve des titres poétiques, imaginaires, humoristiques, absurdes ou interrogatifs.

Quelles sont les caractéristiques des propositions éducatives ? Sont-elles guidées, dialoguées, mises en scène et/ou autoguidées, créatives ou traditionnelles ? Y a-t-il des exemples de production ? Quelles possibilités réelles de participation et d’interaction favorisent-elles pour les filles et les garçons ? Avez-vous des propositions pour avant, pendant et après la promenade sur votre page ou votre site web ?

c. Analyse du matériel numérique

À l’heure actuelle, de nombreux espaces éducatifs ont intégré les technologies, généralement par le biais de sites web officiels. En naviguant sur le site de l’espace éducatif à visiter, on peut trouver tout ce qui concerne l’histoire de l’institution et du patrimoine qu’elle expose et son récit, quelques plans de situation et des galeries de photos, et même le règlement des visites.

Certains d’entre eux comprennent également une section éducative, où l’on peut voir les propositions pour les écoles et les conditions de réservation.

Dans certains cas, des propositions « avant » et « après la marche » sont incluses, avec plus ou moins de créativité et d’ouverture. Il est bon de s’arrêter pour les regarder et de les choisir avec soin. Nous vous invitons à porter un regard critique sur ces supports. Ces productions reflètent l’approche pédagogique de l’espace. Nous vous renvoyons à la prise en compte du type de matériel, du langage, de la conception et de la qualité des activités : traditionnelles/réitératives/mémoristiques ou innovantes/propositives/interactives. C’est-à-dire qu’elles favorisent la résolution de problèmes, la réflexion, l’élaboration et la participation authentique, des approches du patrimoine qui intègrent le langage corporel et la sensibilité, ainsi que le déploiement des sens. Des matériaux dignes et qui rendent dignes, dont nous, enseignants, pouvons-nous inspirer.

Il est également possible de trouver des « visites virtuelles » sur les sites web des espaces à visiter. Celles-ci élargissent ou prolongent l’espace physique concret. Elles constituent un processus de virtualisation de l’exposition. Elles sont souvent réalisées avec soin et permettent des approches sous différents angles et dimensions, des vues en 2D, 3D et 360°. Ils peuvent être utiles pour prendre la décision de se rendre ou non dans l’espace. Il convient de préciser que la visite virtuelle et la navigation sur le site web de l’espace sélectionné sont deux démarches différentes. La première comprend un parcours guidé dans l’espace, accompagné d’audios, pour choisir où entrer, permettant souvent de s’arrêter pour lire ou écouter des informations. La seconde implique une navigation à travers la page qui peut inclure : plan du site, plans, règlements, agenda, etc.

Enfin, un autre aspect fondamental est celui des réseaux sociaux de l’espace à visiter, qui mettent en évidence les stratégies pour s’adresser au public en général et au public scolaire en particulier.

Rêver et concrétiser les promenades pédagogiques implique que l’école étende les murs de l’école qui limitent et les transforme en véritables ponts qui élargissent les limites et les transforment en chemins démocratiques et émancipateurs.

Rêver et faire des promenades pédagogiques une réalité, de sorte qu’elles deviennent des instances agréables et provoquent le désir d’y revenir. Pour beaucoup de filles et de garçons, il peut s’agir d’une instance inaugurale, d’une première fois. Ainsi, notre travail pédagogique rend possible des premières qui tracent de nouveaux chemins.

3. Les trois moments de la promenade pédagogique.

Une promenade éducative se compose de trois moments différents, complémentaires et essentiels, organisés chronologiquement. 

Moment 
Premier moment “Avant”Organiser la sortie, définir les objectifs, prévoir les sujets à aborder et les activités avant la sortie. Établir des règles. Formulez et rédigez des questions. Partager les attentes.
Deuxième moment“Pendant”S’informer en profondeur. Parcourir, demander, converser, construire des réponses possibles et de nouvelles questions.
Troisième moment“Après”Partager l’apprentissage et communiquer l’expérience. C’est le moment de partager ce qui a été vécu et ce qui a été appris. C’est aussi le moment de le communiquer au reste de l’école et aux familles, et pourquoi pas à l’espace qui a été parcouru.

4. Une ronde de vœux.

Pour couronner ces voyages écrits, nous partageons quelques souhaits, comme un désir sincère, cherchant à ce que les mots qui le composent deviennent une inspiration pour rêver, pour décider, pour sortir et revenir, c’est-à-dire pour effectuer des promenades pédagogiques et bien plus encore !

Enseignants :

Que les enfants soient encouragés à intégrer des vues nouvelles et élargies, combinant le minuscule et l’immense, le divers et l’unique, les étonnements et les apprentissages, les chemins personnels et collectifs, les territoires visibles et invisibles.

Que les enfants soient encouragés à élargir les horizons, les départs et les retours, à faire germer les envies et les souvenirs d’apprendre en marchant.

Que les enfants se souviennent d’eux comme des bâtisseurs de chemins qui nous invitent à regarder dans la complexité d’un monde où plusieurs mondes se côtoient.

Bibliographie

*Melgar, M. F. y Donolo, D. (2008) “Salir del aula …Aprender de otros contextos: Patrimonio natural, museos e Internet”. Revista Eureka sobre enseñanza y divulgación de las ciencias. N°8, Universidad de Cádiz. [« Sortir de la classe… Apprendre dans d’autres contextes : Patrimoine naturelle, musées et Internet »]

*Risler J. y Ares, P. (2013). “Manual del mapeo colectivo: recursos cartográficos críticos para procesos territoriales de creación colectiva”. Tinta Limón:  Buenos Aires. [« Manuel de cartographie collective : ressources cartographiques critiques pour le processus territorial de création collective »]

*Trilla B (1999) La ciudad educadora: De las retóricas a los proyectos” Cuadernos de Pedagogía: Barcelona. [« La ville éducatrice : Des théories aux projets »]

Spécialiste des pédagogies de l’égalité dans divers contextes socio-éducatifs (UBA), licenciée en sciences de l’éducation (UBA) et enseignante pour l’enseignement primaire. Formatrice de formateurs, elle travaille en tant qu’enseignante dans les ENS 3 et 4 EDIS (Espaces de définition institutionnelle) : Buenos Aires avec une vision éducative et Expansion des limites de la salle de classe, respectivement. Créatrice de la chronique radio « Pedagogías utopistas » [« Pédagogies utopistes »], programme « Tejiendo Redes » [« Tricotant réseaux »], Radio Gráfica. Cofondatrice et coordinatrice du projet éducatif « Aulas a cielo abierto » [Classes en plein air], Parque Avellaneda”, CABA. Autrice d’articles pédagogiques publiés dans des revues spécialisées nationales et internationales, elle collabore notamment à Noveduc (pedagogiasutopistas.wixsite.com/blog).

pguijarrubia@gmail.com

Patricia Guijarrubia (@pguijarrubia) est l’autrice du livre « Paseos pedagógicos: Planificación y desarrollo de salidas » (« Promenades pédagogiques : planification et déroulement des sorties »), Editorial Noveduc (@librosnoveduc). Il combine son expérience en tant qu’enseignante de l’enseignement supérieur dans la matière « Ampliación de los límites del aula » (« Repousser les limites de la classe ») auprès de différents enseignants du niveau initial et primaire, son travail en tant qu’éducatrice et coordinatrice dans le projet éducatif « Aulas a cielo abierto » Parque Avellaneda et sa formation spécialisée.

Librairies : La Juglaresa (@lajuglaresa), Ritualitos (@ritualitos)

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